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  • Grimoire
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  • Chapitre 3 - Les Ulaths, de Tritard à la Montagne de Brumebleue
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  • 2ème partie - Un matin à Tritard (2/2)

Grimoire

Lorkoch rejoignait donc lentement la salle de torture en profitant de la fraîcheur matinale. Si, à l’issue de la séance d’aujourd’hui, les Boucans parlaient, et que leur repaire était découvert, l’affaire était réglée. Rasal materait le dernier groupe libre de la région, et pourrait se concentrer toute entière à l’expansion de la horde hors des Plaines Fournaises.

Lorkoch bifurqua vers le centre du camp, sur le chemin en direction de la Grande Tente de Rasal. Au fur et à mesure qu’il approchait, les silhouettes noires et tremblotantes des « Emblèmes » se précisaient. Les Emblèmes symbolisaient les fait d’armes accomplis sous le commandement de Rasal ; la bannière de chaque clan ayant été asservi dans les alentours de Tritard était plantée devant la tente matriarcale, et au pied de ce trophée on attachait un prisonnier dudit clan, tout juste maintenu en vie. Il était sujet à toutes les humiliations, selon l’humeur des passants, souvent massacrante. S’il succombait à ses blessures, on le remplaçait simplement par un de ses semblables, dont les geôles de Tritard étaient remplies.

Lorkoch s’arrêta devant l’Emblème des Bois de Chaume, une des plus récentes, et toisa un corps mutilé mais encore vigoureux. C’était un rude gaillard que Lorkoch avait pris en affection dernièrement, mais l’ulath, préoccupé par ses obligations, ne s’attarda pas, et ne gratifia le détenu que de quelques massives gifles avant de repartir.

Il flâna un peu, et malgré quelques détours sinueux, Lorkoch arriva à destination plus rapidement qu’il ne l’aurait voulu. La prison était un des seuls bâtiments de pierres et de bois au milieu des tentes. En effet Tritard avait été bâti sur les ruines d’un ancien village, comme si les Ulaths avaient campé juste après avoir envahi les lieux, mais n’étaient jamais repartis. C’était un peu le cas en fait. Ainsi les restes des anciennes bâtisses avaient été exploités, ici pour aménager les geôles, là pour abriter l’armurerie, ou plus loin pour organiser une cantine.

Pour l’heure il était encore trop tôt, et l’unique entrée de la prison était close. Les gémissements en provenance des cages agaçaient déjà Lorkoch, qui tambourinait à la porte, ce qui ne faisait qu’augmenter l’intensité des plaintes. Le geôlier, ce gros sac de Vaïm, dormait encore au sous-sol, sûrement imbibé jusque aux os et sourd à tout l’univers.

La haine de Lorkoch pointait aussi sûrement que le soleil se levait. Il s’assit lourdement sur un banc de pierre, ruminant sur son propre sort. Le soir venu, un tortionnaire désigné par la Matriarche était exécuté s’il n’avait pas rempli sa mission, et elle en choisissait simplement un autre pour le jour suivant, jusqu’à ce que les suppliciés avouent. Pour sûr, le procédé motivait les troupes, chacun donnait son maximum pour que la viande parle. Mais ces Boucans là étaient diablement féroces, et trois frères avaient déjà péri à cause de leur silence obstiné.

Lorkoch n’attendit pas le geôlier plus longtemps. Il se leva, retourna sur la place principale, et se planta devant l’Emblême des Bois de Chaume. Il empoigna le captif et frappa plus fort cette fois, jusqu’à ce que ça craque.